J'étais une enfant qu'on oublie. Une petite fille si sage, capable de s'occuper seule pendant des heures. De celles qui parlent peu, ne crient jamais et préfère à toute autre activité lire des livres dans un coin. J'avais, pourtant, bien des choses à dire. Je les ai longtemps gardées pour moi.
Longtemps, je fus transparente. Parfois, je croisais une personne qui me voyait, mais elles étaient rares. Et elle me conseillait souvent de me mettre plus en avant, me faire connaître, aller vers les autres... Angoisse.
Pourtant, contrairement aux apparences, je ressentais tout de manière exacerbée. Les émotions étaient bouillonnantes et débordantes, mais ne débordaient jamais. J'étais comme un papillon de nuit jaloux de ceux qui butinent le jour.
Car, oui, la lumière m'attirait. Une sorte de vertige des profondeurs, très forte envie d'y aller mêlée d'une timidité qui me semblait définitive.
Je rêvais d'avoir mon nom en haut de l'affiche tout en étant incapable d'entrer dans une boulangerie pour acheter une baguette.
Bref, j'étais dans mon coin, à ressasser tout ce que j'avais envie de hurler.
Et puis, petit à petit la peur et la timidité se sont fait la malle. Évidemment, pas complètement, mais assez pour que mon rêve de briller prenne le pas sur le reste.
J'ai commencé à prendre la parole, un peu plus souvent, un peu plus fort, un peu plus avec confiance et détermination.
J'ai commencé à écrire et à être lue, suivie, admirée même parfois.
J'ai commencé à me montrer, faire des vidéos, assumer une présence active et enthousiaste sur les réseaux.
Dans ma vie privée comme publique, j'ai commencé à prendre de la place. Certaines personnes diraient : à exister, comme si cela passait forcément par le regard des autres (c'est peut-être le cas pour l'animal social que nous sommes).
J'ai eu mon petit succès. Il y a eu des blogs, des livres, un film, des interviews, quelques conférences, des invitations à venir partager, parler de mon expérience.
Le succès, c'est addictif. Même quand il est minuscule.
Avoir une audience, c'est comme se baigner dans un étang de dopamine, ocytocine, adrénaline, sérotonine, endorphines, n'en jetez plus, toutes ces hormones en « ine » qui nous apportent des shoots de bien-être et nous donnent envie de renouveler l'expérience, encore et encore.
Au début, c'est la construction, l'excitation, l'énergie qui semble inépuisable de créer. Il suffit d'une personne qui nous lit, d'un commentaire enthousiaste, de quelques likes, pour se sentir pousser des ailes.
On s'habitue rapidement. On en veut plus et plus souvent. On se prend à rêver (et c'est si chouette de rêver), on lorgne avec envie du côté de celles qui semblent transformer en diamant tout ce qu'elles touchent.
Le temps passe et l'euphorie se fait plus discrète, plus rare.
Une certaine lassitude s'installe, par petite touches.
L'anxiété finit par montrer le bout de son nez crochu. Accompagnée du syndrome de l'imposteur (ou trice), qui trépignait en embuscade et ne demandait qu'à débouler et bien faire ch... son monde.
Alors que le temps et l'expérience devraient nous donner confiance, voilà que soudain le doute s'installe. Suis-je assez ? Mes compétences sont-elles assez ? Et bien d'autres questions qui, jour après jour, viennent saper la bienheureuse insouciance des débuts.
Pour retrouver l'excitation du début, il faut augmenter les doses. Il faut plus, plus souvent. Pour un résultat parfois grisant, parfois décevant.
Sans qu'on s'en rende vraiment compte, l'obligation remplace le plaisir, l'habitude remplace l'expérimentation, le manque remplace l'envie.
Et, un beau jour, on se demande à quoi ça sert tout ça. Ecrire, publier, partager, se montrer, faire sa pub, espérer. Alors on le fait de moins en moins. On sait parfaitement que c'est dommage, que l'on a encore des choses à transmettre et que le plaisir est là lorsqu'on s'y met. Mais on n'a plus envie de faire semblant, de se forcer, de se faire du mal.
Tout cela, c'est exactement ce qui m'est arrivé.
Après 15 ans de présence en ligne, je suis arrivée à saturation. Ras-le-bol d'essayer de se faire entendre, de courir après une audience, de suivre le rythme infernal supposément essentiel à tout business qui se respecte.
Alors, il y a quelques temps, j'ai tout arrêté. Je ne l'ai pas vraiment décidé, enfin disons que je ne l'ai pas fait de manière consciente. J'ai juste continué ma vie sans réseaux sociaux, sans écrire ma newsletter, sans enregistrer de podcast, sans prospecter.
Je me suis « juste » occupée de mes clientes, j'ai fait du sport, photographié les couleurs et les sublimes cieux d'automne, lu des livres, écouté des podcasts, regardé des séries. J'ai fait les vendanges, cuisiné et servi des burgers-frites et passé beaucoup de temps à discuter avec mes amies.
Je suis retournée à l'oubli.
Et vous voulez savoir ce que j'y ai trouvé ?
Du temps, de la tranquillité d'esprit, l'envie d'écrire à nouveau et... un nouveau business, qui m'est tombé dessus comme l'amour sur des ami·es de longue date (c'est cliché mais c'est un grand classique de ma vie ^^).
Cela ne change rien à mes prestations Canard à l'Orange, mais c'est un nouveau challenge qui s'annonce passionnant.
Je vous raconterai promis.