Kessel

Brute de pomme – Clandestine #25

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, depuis quelques mois, j'ai soif de sincérité. Franchement, j'en ai plus que ras la coquillette des artifices en tout genre. Alors j'ai fait des coupes rases dans ma vie. Ou plutôt elles se sont imposées à moi.

Clandestine
2 min ⋅ 23/01/2026

Je n'utilise plus de réseaux sociaux, je boycotte l'IA générative et je me désabonne de tout ce qui manque d'humanité. Je laisse partir qui ne veut pas de moi, même si ça me fend le cœur.

J'essaye de ne garder que le réel, le palpable, dans tous les domaines.

Je me fiche bien que ça soit un peu moche, un peu bancal, un peu fouillis. Tant pis pour l'image, le marketing de soi et l'air du temps. L'air et le temps, j'ai juste envie de les prendre.

Envie de vie, de vie qui palpite sans filtre ni grandiloquence.

La vie brute de pomme.

Notre maison, le bonheur, chaque matin d'en ouvrir les volets, et les abricots du verger.

Les premières fois de ces dernières années, l'adrénaline, les satisfactions et même les déceptions.

Le ciel et la forêt, le soleil et tous ses états, la lune toujours étonnante, les nuages et leur poésie, le brouillard et son mystère, la pluie, le vent, la grêle, la neige, le gel et leur magie perpétuelle.

La petite souris qui fait sa vie dans nos murs et nargue notre pourtant grande chasseuse de chatte. La dite-chatte, Grisette, qui se prélasse sur son plaid et vire tous les matous du quartier qui approchent un peu trop de son territoire et de son esclave (moi).

Les fidèles parmi les fidèles et les éphémères rencontres.

Les chevreuils qui mangent nos salades, les limaces qui dévorent nos courgettes, les mésanges et la rouge-gorge (oui, la) qui picorent les insectes (et pas du pain dur, ça les rend malades).

Le feu dans le poêle, le plancher chauffant qui me permet de me balader pieds nus toute l'année, la source qui coule même au cœur de l'été brûlant.

Faire les vendanges et partager des casse-croûte (le meilleur moment), me baigner un 23 décembre dans une mer tempétueuse (et pas si froide).

Ma petite voiture toute rayée et beugnée mais vaillante, qui voit les premiers pas de conducteur de mon fiston.

Mon fiston, donc, qui prend son envol tranquillement. Ma fille qui croque la vie à pleines dents et nous concocte de délicieuses pâtisseries.

Lui raconter les expressions surannées comme brut de pomme ou jeudi en 8. Lui demander de m'expliquer celles de sa génération.

La jacinthe bleue qui commence à fleurir, les chocolats, la petite tasse bleue, les pots à fleurs oranges, les mots doux et tous les cadeaux de mes client·es, merci.

Voir ENFIN, dans les séries, de vraies amitiés homme-femme (hétéros) et des histoires de sœurs (dans tous les sens du terme).

Les kilomètres baskets aux pieds, les coups de genoux dans les couilles de mes valeureux partenaires de self-défense (bon, ça va, ils ont des coquilles ^^)

Savourer les escapades. Cultiver mon jardin secret.

Continuer à adorer mettre des parenthèses partout (je m'en fous si c'est pas la trend du moment, ou à la mode ou dans le vent)(je compte bien continuer encore longtemps).

Lancer ma pièce magique, tirer les cartes, créer un jeu très spécial avec mes photos.

Celle avec qui j'ai une longue conversation qui ne s'arrête presque jamais, à qui je peux tout dire et de laquelle je peux tout entendre, elle se reconnaîtra, reconnaissance éternelle.

Lire les chroniques de Major Mouvement et de La Vie partout, les lettres de Sandrine Franchet, Marie Salade, Chloé Sasias, CDLT, Louise Hourcade, Pauline Harmange, Construire des ponts, Perdre pieds... En oublier.

Aller à la médiathèque chaque semaine et ne jamais me lasser de bouquiner et tourner des pages.

Recevoir de l'argent de manière inattendue, à plusieurs reprises. En être soulagée. Apprendre un nouveau métier. Plusieurs, en fait.

Avoir dorénavant 4 métiers, du coup. Peut-être même 5, bientôt. Trouver une forme de liberté dans ce qui pourrait ressembler à de la précarité, malgré une certaine charge mentale.

Respirer, boire de l'eau, courir sur les chemins, manger trop de sucre mais ne pas (trop) m'en vouloir pour ça. Rechercher la solitude, souvent, la craindre, parfois.

Faire silence, observer, expérimenter, m'éloigner, laisser partir.

Vivre une multitude d'émotions, certaines très fortes, trop peut-être mais l'accepter.

Avoir peu envie d'écrire et m'en satisfaire. Créer différemment.

Savoir que j'existe même si personne ne me regarde, même quand personne ne m'écoute.

Et que ne durent que les moments doux, comme le chantait Alain Bashung.

PS : pour les plus curieuses, mes différents métiers → écrire, écouter et tirer les cartes avec Canard à l'orange ; faire des frites et servir la cuisine de Laure du foodtruck Les Routardises ; vendanger chez Noël Martin ; apporter du soutien administratif à l'équipe Allianz de Séverine à Sarreguemines. Et me présenter sur une liste de mon village pour les municipales dans 2 mois.

Clandestine

Par Morgane Sifantus

Sorcière dans sa forêt, qui aime papoter avec ses copines, les tatouages, le chocolat et écrire plein de trucs pas toujours bien comme il faut ^^

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