S'autoriser à laisser tomber – Clandestine #24

Il y a 15 jours, j'ai couru mon premier trail « officiel », la Sala'night. Presque 14 km, par une nuit glaciale, sur les chemins vallonnés de mon village, parcourus avec ma chère amie Séverine. Avant ce soir-là, je n'avais jamais couru aussi longtemps, dans des conditions aussi extrêmes.

Clandestine
3 min ⋅ 05/12/2025

Séverine, quant à elle, court depuis plus longtemps que moi. Son endurance, son expérience et sa vitesse de croisière sont bien supérieures aux miennes. En plus, elle est coach. Pas dans le domaine du sport, certes, mais accompagner les autres pour qu'ils et elles atteignent leurs objectifs, elle sait faire.

Sauf que moi, les objectifs... c'est pas vraiment ma tasse de thé ^^ Enfin, disons que ça n'a pas vraiment d'effet sur ma motivation profonde.

Mais ce que je n'avais jamais réalisé jusqu'à ce soir-là, c'est que les encouragements, eh bien... ça ne m'aide pas spécialement non plus.

Lorsque nous sommes arrivées au kilomètre 10, j'ai senti que physiquement ça commençait à tirer. Alors j'ai ralenti un peu mon allure de tortue tranquille :) Pendant ce temps-là, Séverine courait devant et revenait régulièrement jusqu'à moi pour ne pas me laisser seule (au final, elle a quand même couru 1 km de plus !) pour m'encourager, me dire que j'allais y arriver, etc.

C'était adorable, vraiment, mais étonnamment sans effet sur moi.

A ce moment-là, moi, ce dont j'avais envie c'était d'arrêter de courir et de finir le parcours en marchant. J'avais assez couru pour sentir que, de toute façon, j'étais fière et heureuse de ce que j'avais accompli.

Alors je l'ai dit à voix haute : « j'ai le droit de finir en marchant ».

J'ai littéralement laissé tomber la pression d'aller jusqu'à la ligne d'arrivée en courant. Et j'ai couru jusqu'à elle comme un escargot qui n'en avait plus rien à faire. Sans marcher, puisque savoir que je pouvais le faire suffisait à satisfaire mes muscles endoloris ^^

J'étais contente.

Je venais de découvrir que ce qui marche avec moi, c'est d'accepter de rater. Ou plutôt de ne pas réussir selon des normes extérieures, ni même d'injonctions que je me mettrais toute seule.

Quelques temps plus tard, j'ai vécu une situation similaire, dans le domaine professionnel (oui, le nouveau, celui dont je vous parlerai un jour, mais voilà c'est trop tôt, désolée du teasing).

Commencer un nouveau métier, avec de nouvelles personnes, de nouveaux outils et de nouvelles contraintes, c'est toujours un moment de stress et, en ce qui me concerne, d'angoisses.

Certaines personnes adorent la pression, ce n'est pas mon cas.

Je panique facilement, je le sais, même si c'est une panique superficielle, qui retombe aussi vite qu'elle surgit.

Et quand je panique, mon réflexe c'est la fuite.

Pour d'autres, c'est la sidération ou la colère, moi je veux disparaître sur une île où personne ne pourra venir m'emmerder.

A plusieurs reprises ces dernières semaines, j'ai été confrontée à des problèmes de connexion, de tâches à réaliser rapidement alors que je venais juste de les apprendre, à des situations tendues, bref le combo idéal pour une panique en règle de mon système nerveux.

A plusieurs reprises, j'ai eu envie de tout arrêter, de laisser tomber, tant pis pour l'opportunité, tant pis pour le temps et l'énergie déjà investies.

Alors j'ai laissé tomber. Ou plutôt j'ai fait comme si je laissais tomber, je me suis autorisée à lâcher l'affaire.

A l'encontre de tous les messages qui tournent autour de nous, ceux qui nous enjoignent en permanence à « ne rien lâcher » (tout en lâchant prise, oui c'est chelou), à « tout donner », à fond, à 200%, en mode compétition en permanence. Car, figurez-vous, « on compte sur nous ».

Abandonner donc, vraiment abandonner. Sans le cacher sous un masque de spiritualité de type acceptation, danse avec l'incertitude et autres embrassades du chaos.

Parce qu'au moment où on laisse tomber, on ne se sent ni sage, ni spirituellement avancé·e.

On peut se sentir lâche, nul·le et minable, seul·e aussi. On a honte, parfois.

Mais (et c'est le plus important), ce qui arrive aussi avec l'abandon, c'est le soulagement. S'envole le poids des attentes (réelles ou imaginaires, l'effet me semble identique), des habitudes, traditions, injonctions de toutes sortes.

On me rétorquera que le risque c'est de partir en roue libre. Tout laisser tomber puisque de toute façon, à la fin, on meurt.

Je rétorquerai... et pourquoi pas. Tant pis pour l'inconstance et l'instabilité.

Je rétorquerai surtout que, parfois, s'autoriser à laisser tomber suffit.

Cela suffit pour continuer sa route, reprendre les rênes, retrouver le goût, repartir à l'aventure. Et accomplir ce qui doit l'être.

Je ne dis pas que cela fonctionne pour tout le monde. Mais je dis que cela peut fonctionner sur les personnes qui ne carburent pas à la motivation compétitive.

Ce n'est ni magique ni « extraordinaire », juste une façon différente de réussir.

Et c'est ainsi, toute lâcheuse que je suis, que j'ai pu admirer des lacs de montagne, écrire des livres, avoir 2 enfants, déménager dans une ferme entourée de forêt, accueillir une chatte prénommée Grisette, me mettre à la photo, courir 2 fois par semaine et bien d'autres accomplissements personnels qui ont tous commencé lorsque je me suis autorisée à en abandonner l'idée.

Morgane

PS : si les encouragements me laissent de marbre, j'adooooore recevoir des félicitations (oui, je suis faible hihi). Je ne vais plus sur aucun réseau social, sauf celui qui est à la mode chez de nombreux·ses sportif·ves, j'ai nommé Strava. Si tu veux qu'on se félicite mutuellement de nos exploits incroyables → Mon profil Strava

Clandestine

Par Morgane Sifantus

Sorcière dans sa forêt, qui aime papoter avec ses copines, les tatouages, le chocolat et écrire plein de trucs pas toujours bien comme il faut ^^

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