Kessel

Indisciplinée (une histoire d'amour) – Clandestine #21

Mon fils est très discipliné. Quand il a décidé de quelque chose, il se fait un programme. Et il s'y tient. En revanche, une chose est certaine, c'est qu'il ne tient pas de moi ce trait de caractère ^^

Clandestine
3 min ⋅ 22/08/2025

Du moins, c'est ce que je croyais car, figurez-vous, avec les années qui passent, je me rends compte que nous sommes des êtres tellement complexes et inattendus. Même à nos propres yeux.

Je pensais, comme beaucoup de monde j'imagine, qu'à partir d'un certain âge, c'était bon, on se connaissait. On avait atteint son soi « version définitive ».

Qu'on pouvait facilement et sans jamais se tromper cocher les cases de son caractère, ses valeurs, son aspect physique, sa manière de vivre, d'être avec les autres...

Et donc, moi, c'était dit, j'étais bordélique, incapable de suivre une discipline quelconque, allergique aux règles en tout genre, perdue pour la cause.

Quant aux personnes capables d'une discipline de fer, je les regardais avec un mélange d'admiration et de mépris.

D'admiration car je les voyais accomplir des choses qui me paraissaient hors d'atteinte (et folles), comme courir un marathon, avoir un business à 6 ou 7 chiffres, rénover entièrement une maison de leurs propres mains ou arrêter de manger du sucre du jour au lendemain.

De mépris car j'avais la sensation qu'elles passaient à côté d'une certaine douceur de vivre, qu'elles manquaient de créativité et (oui, c'est paradoxal) de folie...

Evidemment, ces jugements à l'emporte-pièce en disaient plus sur moi que sur toutes ces personnes qui ne m'avaient rien demandé.

Je ne compte plus les domaines dans lesquels j'ai essayé de me « lancer », le nombre de fois où j'ai voulu apprendre à maîtriser ma boulimie de sucre, les dizaines de livres commencés jamais terminés, les idées de prestations à proposer et développer.

Pourtant, si je regarde en arrière, je vois tout ce que j'ai accompli et qui demandait une vraie discipline.

  • Douze années de danse classique, à répéter les mêmes mouvements, inlassablement.

  • Trois années de classe prépa, avec des semaines de 60 heures avalées presque sans me plaindre pour atteindre le but que je m'étais fixé.

  • Vingt ans d'investissements immobiliers, trente de gestion financière pour nous offrir la maison et la vie dont nous rêvions.

  • Près de 500 textes écrits et publiés entre newsletters, ateliers et articles de blog.

  • Deux enfants ^^

  • Neuf livres (neuf !)

Et puis, en 2018, nous passons nos vacances au Pays Basque. Rencontre avec la montagne et les randonnées qui piquent très fort les jambes et le souffle. Je souffre le martyr tandis que mon compagnon se découvre une passion dévorante pour la marche, la grimpe puis le trail.

Depuis, chaque année, nos vacances d'été riment avec dénivelé, traces GPS et sentiers balisés, sacs avec gourdes intégrées, bâtons de marche, pique-nique dans des paysages de folie et photos très instagramables.

Chaque année, je sais que je vais souffrir. Ou plutôt je pense que je vais souffrir. Et je souffre.

Chaque année, je me promets de m'entraîner, de faire plus de sport, de préparer mon corps.

Mais chaque année, une bonne raison de ne pas tenir la discipline.

Et puis 2023. Je fête mes 50 ans, cet anniversaire symbolique balaie toutes mes certitudes sur son passage. En l'espace de quelques mois, je perds autant que je gagne, je remets en cause bien des croyances.

Je découvre que je n'ai pas besoin de me limiter à qui je crois être. Que je peux emprunter des chemins de traverse, laisser la créativité infuser tous les pans de ma vie et pas juste l'écriture ou les mots.

La péri-ménopause s'en mêle. Je sens mon corps lourd, bloqué, fatigué. Je sens mon esprit fragile, sur le fil, souvent dans le brouillard. Mes émotions sont intenses et ravageuses, trop de tout, de pleurs, de tristesse, de folie, d'excitation, d'envies puis de désintérêts, de fêtes puis de chagrins.

Alors je me remets à marcher, dans la forêt, sur les chemins de campagne. Je me remets à courir, de temps en temps, 1, 2, 5 km. C'est anarchique, des hauts, des bas, des semaines glorieuses, d'autres franchement déprimantes.

Je me mets au self-défense (j'en rêvais depuis des années sans jamais avoir trouvé de cours qui me convenait à Lyon, et voilà-t-y pas que ça me tombe dessus dans mon patelin de 1500 âmes :D). Je fais du renforcement musculaire plus régulièrement. Je marche et je grimpe, encore et toujours.

Je découvre le challenge 1% et décide de l'appliquer à la course à pied que j'ai envie de reprendre « sérieusement » comme on dit.

Sans m'en rendre compte, je développe une sorte de discipline anarchique. Je sais que c'est antinomique, mais c'est vraiment ainsi que je le ressens. Je fais les choses, un peu n’importe comment, sans plan ni stratégie. Mais je les fais.

Cet été, nous avons randonné dans le Vercors. Je ne me suis pas transformée en cabri ni en traileuse, mais je n'ai pas souffert. J'ai transpiré, eu mal aux pieds, été essoufflée et fatiguée. J'ai même un peu râlé quand je me suis retrouvée au milieu d'un pierrier qui menaçait de s'effondrer. Mais je n'ai pas souffert.

J'ai senti que mon corps avait changé. Comme si j'avais développé une puissance intérieure, une confiance en ma capacité à faire certaines choses.

Alors je suis allée courir en rentrant de vacances. 10 km sur les chemins de mon « pays ». Très lentement, avec de la bonne musique à fond dans les oreilles pour garder la motivation. Je n'en suis pas revenue moi-même.

Depuis, chaque jour, je fais quelque chose pour mon corps, quelque chose pour ma tête, quelque chose pour ma créativité, quelque chose pour mon cœur. Peu importe quoi, peu importe combien de temps.

Car, finalement, cette discipline anarchique, c'est la même qui m'a permis d'écrire tous ces mots, d'accompagner mes enfants jusqu'à leur vie d'adulte, de voir ma maison, le potager, la forêt s'épanouir. Celle qui me permet de répondre présente lorsque mes ami·es ont besoin de moi, de nourrir mon insatiable curiosité en dévorant livres et documentaires, de faire preuve d'une créativité sans limite, peu importe le sujet concerné.

Et en fait, le secret de cette discipline anarchique, je crois bien que c'est l'amour. L'amour pour soi, l'amour des autres, l'amour du vivant et de la beauté brute.

Pour l'amour, voyez-vous, je trouve toujours des ressources insoupçonnées.

Toujours.

Love, Morgane,

Flamme créative chez Canard à l’orange ^^

PS : je relance les Conversations, si ça t’intéresse, écris-moi. Une semaine à papoter, comme ça, juste pour le plaisir de se connaître ou de se retrouver.

Clandestine

Par Morgane Sifantus

Sorcière dans sa forêt, qui aime papoter avec ses copines, les tatouages, le chocolat et écrire plein de trucs pas toujours bien comme il faut ^^

Les derniers articles publiés

Juste écrire

par Morgane Sifantus   ⋅  24/06/2026 1 min

Mes premiers souvenirs livresques, ce sont les J'aime Lire, la Comtesse de Ségur et le Club des cinq. Ensuite, les vagues se sont succédé, d'Agatha Christie à Stephen King, de Zola à Colette, de Tintin à Astérix. Je n'ai jamais cessé de lire, tout le temps, partout, ce qui me tombe sous la main.

Si j'étais milliardaire (je créerais Crush Culture) – Clandestine #28

par Morgane Sifantus   ⋅  11/05/2026 3 min

La semaine dernière, ma fille m'a demandé ce que je ferais de mon argent si j'étais milliardaire. Puis un ami m'a demandé ce que je ferais comme travail si l'argent n'était pas un problème.

Mais on a des idées – Clandestine #27

par Morgane Sifantus   ⋅  07/04/2026 2 min

Le paradoxe d'une vie campagnarde, c'est aussi la nécessité d'avoir une voiture et de l'utiliser régulièrement. Et quand on n'a pas la possibilité de s'offrir une électrique, il faut bien passer à la pompe de temps en temps.

Les mains dans la Terre – Clandestine #26

par Morgane Sifantus   ⋅  05/02/2026 2 min

Depuis que je suis entrée dans la vie professionnelle, j'ai eu mille métiers. J'ai écrit des articles sur l'horticulture, organisé des voyages, distribué des chèques cadeaux, arpenté des champs de blé et de maïs, compté des œufs de papillon sur des feuilles de vigne, passé des heures et des heures en réunion ou répondre à des mails.

Brute de pomme – Clandestine #25

par Morgane Sifantus   ⋅  23/01/2026 2 min

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, depuis quelques mois, j'ai soif de sincérité. Franchement, j'en ai plus que ras la coquillette des artifices en tout genre. Alors j'ai fait des coupes rases dans ma vie. Ou plutôt elles se sont imposées à moi.

S'autoriser à laisser tomber – Clandestine #24

par Morgane Sifantus   ⋅  05/12/2025 2 min

Il y a 15 jours, j'ai couru mon premier trail « officiel », la Sala'night. Presque 14 km, par une nuit glaciale, sur les chemins vallonnés de mon village, parcourus avec ma chère amie Séverine. Avant ce soir-là, je n'avais jamais couru aussi longtemps, dans des conditions aussi extrêmes.

Retourner à l'oubli – Clandestine #23

par Morgane Sifantus   ⋅  06/11/2025 2 min

J'étais une enfant qu'on oublie. Une petite fille si sage, capable de s'occuper seule pendant des heures. De celles qui parlent peu, ne crient jamais et préfère à toute autre activité lire des livres dans un coin. J'avais, pourtant, bien des choses à dire. Je les ai longtemps gardées pour moi.

Du kif en Contrebande (podcast de curiosité & recos culturelles) – Clandestine #22

par Morgane Sifantus   ⋅  30/09/2025 2 min

Curieuse. Si je devais choisir un seul adjectif pour me présenter et parler de ma nature profonde, c'est celui-ci que je choisirais. Même dans mes rêves, je passe mon temps à explorer, apprendre, chercher, regarder, écouter, m'intéresser...

Ne pas être à la mode, ou alors par hasard – Clandestine #20

par Morgane Sifantus   ⋅  10/08/2025 2 min

J'avais une quinzaine d'années lorsque j'ai commencé à rêver de me faire tatouer. C'était il y un peu plus de 35 ans, autant vous dire qu'à l'époque et dans le milieu bourgeois dans lequel j'ai grandi, c'était tout simplement impensable. Une véritable hérésie, ma pauvre amie.