J'avais une quinzaine d'années lorsque j'ai commencé à rêver de me faire tatouer. C'était il y un peu plus de 35 ans, autant vous dire qu'à l'époque et dans le milieu bourgeois dans lequel j'ai grandi, c'était tout simplement impensable. Une véritable hérésie, ma pauvre amie.
Les années passant, l'envie est restée, mais je n'osais pas faire le pas. Les interdits s'inscrivent forts en nous et il faut parfois beaucoup de temps et d'audace pour les dépasser.
Puis j'ai eu 40 ans. Déclic. Premier tatoo à une époque où ce n'était pas encore (trop) la mode.
Le virus était en moi, j'ai continué encore et encore, pendant que la-dite mode explosait.
A tel point qu'il était presque plus iconoclaste de ne pas en avoir.
Je n'ai jamais été à la mode. Dans aucun domaine. J'ai du mal à suivre les tendances, je suis souvent à la ramasse sur ce qui se fait ou ne se fait plus.
Et puis parfois, totalement par hasard, je suis « à la mode ».
Si je ne cherche pas à l'être, ce n'est pas par snobisme (après tout, chercher à être systématiquement à contretemps, c'est autant en être esclave que la suivre de près), mais tout simplement par flemme et désintérêt.
Il paraît qu'aujourd'hui la mode c'est le détatouage. J'en suis ravie. Je vais continuer à me faire tatouer, car c'est quelque chose que j'aime, qui m'apporte beaucoup de plaisir et me permet d'exprimer ma personnalité. Tant pis si cela dit de moi que je suis démodée ^^
Dans la vie professionnelle et artistique, c'est pareil.
Tous les 6 mois, on voit arriver « le » truc marketing qui va faire vendre comme par miracle.
Le réseau sur lequel il faut être.
Le jargon qu'il faut utiliser.
Le blog à lire (ah non, c'est has been, les blogs, maintenant c'est les newsletters), le podcast à écouter, les personnes à suivre.
Et donc, tous les 6 mois, les trois-quarts des entrepreneur·es se retrouvent à suivre les mêmes tendances, s'imiter les un·es les autres, proposer les mêmes choses.
C'est chiant, vraiment. Pour tout le monde !
Ne vous méprenez pas, je me mets dans le même panier. La tentation est grande, on a envie d'y croire à ces pseudos baguettes magiques.
Mais le résultat est toujours le même, qu'on soit dans le monde de la mode, de la technologie, de l'art ou de l'entrepreneuriat. Si c'est la tendance, c'est rapidement ennuyeux et donc invisible.
Vous voulez mon truc pour sortir du cercle infernal ?
Patienter et accepter de ne pas être à la mode quand c'est la mode, mais garder ce qu'il nous plaît, nous correspond, nous permet de nous exprimer.
Oui, prendre le temps de se demander si c'est pour nous ou pas. Sans craindre de rater le coche (le temps de se poser la question, il est déjà raté de toute façon, alors autant créer son propre chemin à son rythme).
Lorsque nombre de newsletters se sont mises à parler de l'IA, à vendre des trucs autour de l'IA voire à utiliser l'IA, ça m'a très vite soulée. Je me suis désabonnée de tout ce qui traitait de ce sujet de près ou de loin.
Je me fiche bien que ça soit « incontournable », si c'est vrai ça le sera toujours l'année prochaine et sinon cela m'aura éviter un bon paquet de bullshit.
Dans la foulée, je m'intéresse de moins en moins aux communications qui veulent me vendre un truc. Surtout quand les publications se multiplient. Overdose.
En revanche, j'ai développé mon goût pour le rare mais long, fouillé, introspectif, politique, engagé... Et surtout pour les personnes qui suivent une certaine éthique.
Récemment, des personnes dans le domaine du « bien-être » ont eu la merveilleuse idée de partager leurs fichiers de contacts. Je me suis retrouvée avec des spams dans ma boite mails enrobés de bons sentiments et de soi-disant cadeaux, car oui ils et elles estimaient que c'était une chance de les lire. Bah moi, j'avais rien demandé et absolument pas consenti à recevoir ces pubs. J'ai bloqué évidemment.
Je ne veux plus de « solutions à des problèmes dont je ne savais pas que je les avais ». Encore moins qu'on me donne des leçons ou qu'on me force la main. Je veux choisir et suivre des gens qui se posent des questions, qui doutent, qui réfléchissent, qui investiguent, qui proposent, qui savent se remettre en cause, qui osent les pas de côté et n'ont pas peur de sortir des autoroutes.
Et qui m'apprennent des choses dans des domaines divers et variés, aussi improbables soient-ils.
Il y a quelques mois, j'ai cru que j'avais perdu mon élan créatif.
C'était faux. Il est toujours là.
Mais j'ai eu besoin de vide, de temps, de silence, d'éloignement, pour le laisser reprendre du poil de la bête et rallumer ma flamme créative.
Je vous raconterai comment j'ai fait et je vous parlerai des personnes que je suis aujourd'hui dans ma prochaine Clandestine.
Pour vous donner une idée, sachez que mon coup de cœur du moment c'est Perdre PiedS de Valérie Rey-Robert. Je peux vous dire que ça décoiffe !
J'ai déserté un (long) temps Instagram et décidé dorénavant de n'y publier que mes photos de fleurs et d'insectes. C'est un plaisir personnel pour lequel on me dit souvent que j'ai beaucoup de talent. Alors voilà, j'ai juste envie de le partager au-delà de mon cercles de proches. Tu peux retrouver mes photos sur mon compte @sorcieremorgane
Je vous embrasse,
Morgane de Canard à l'orange